Au-delà de la stat : le végétarisme 

Ce serait 93% des Canadiens qui auraient mangé de la viande au cours de la dernière semaine, selon un récent sondage fait en janvier en collaboration avec le Huffington Post Québec. 

À première vue, nous pourrions croire que peu importe leur âge et leur localisation, les Canadiens ne seraient pas en voie d’adopter un régime sans viande. Effectivement, ce serait plus de 9 Canadiens sur 10, d’un océan à l’autre, qui auraient mangé de la viande au cours de la dernière semaine ! 

Mais qu’en est-il vraiment quand nous allons au-delà de la statistique ? 

D’entrée de jeu, il faut constater que l’habitude très canadienne de placer un morceau de viande au cœur de l’assiette demeure profondément ancrée dans les mœurs. En revanche, certains indices laissent croire que le végétarisme commence à sortir des marges pour devenir une véritable tendance de fond. 

D’abord, il faut dire que le dénombrement des gens qui sont végétariens, végétaliens ou flexitariens, ne s’était pas vraiment fait avant les années 2000. Étant donné qu’il était difficile de définir le concept et qu’il s’agissait d’un mouvement encore marginal, peu de chercheurs s’y étaient penchés.  D’ailleurs, Statistique Canada, qui contient une foule de statistiques, ne comptabilisait pas la proportion de végétariens dans ses différentes études. 

La première recherche du genre s’est plutôt faite au début des années 2000 et démontrait qu’il y avait environ 900 000 végétariens canadiens, ce qui correspondait environ à 3% de la population canadienne. Une recherche plus récente, menée par Sylvain Charlebois de l’Université Dalhousie en 2018, concluait qu’il y avait maintenant plus de 3 millions de végétariens et végétariennes au pays, pour une proportion d’un peu plus de 9%. Une augmentation considérable qui s’est produite en quelques années seulement ! 

L’une des explications à ce nouveau phénomène est d’abord et avant tout générationnelle. Bien que la proportion des milléniaux qui se définissent « végétariens » n’est pas significativement inférieure aux autres groupes générationnels, 13% des jeunes entre 18 et 24 ans avouent ne pas avoir consommé de la viande dans la dernière semaine. Logiquement, la proportion est essentiellement la même pour la population étudiante. 

Le professeur Charlebois, dans sa recherche mentionnée plus haut, en est venu essentiellement à la même conclusion. Le « végé est à la mode », écrivait-il l’année dernière dans La Presse +, estimant que la moitié des végétariens et végétaliens auraient moins de 35 ans !  

Ce constat, qui se confirme de sondage en sondage, constitue une véritable catastrophe pour les producteurs de viande et de nombreux restaurants, principalement les fast-food, qui ont toujours placé pendant bien des années la viande au cœur de leur offre alimentaire. 

À ce sujet, des transformations sont déjà en cours : les restaurants de fast-food offrent maintenant des options véganes, c’est le cas notamment du Beyond Meat au A&W ou même de l’option sans viande du Big Mac chez McDonald’s. Des substituts sont également de plus en plus accessibles en épicerie et on construit dorénavant des quartiers exclusivement véganes, notamment le vegandale à Toronto. 

Surtout, cette tendance ne s’apparentera probablement pas à une mode de passage. Le poids économique des jeunes canadiens ne fera qu’augmenter dans les prochaines années, influençant les prochaines tendances de consommation au pays. 

De plus, il y a dans le parcours alimentaire, comme c’est le cas dans le secteur bancaire, de la bière et de l’automobile, un moment où les habitudes sont si ancrées dans la vie des citoyens, que les chances qu’ils les modifient deviennent pratiquement nulles. Autrement dit, il y a de fortes chances qu’une jeune adulte de 25 ans qui adopte un régime végétarien reste végétarienne tout au long de sa vie ! Nous pourrions même penser que ces futurs parents véganes ou végétariens ont plus de chance de transmettre leurs habitudes alimentaires à leur enfant. 

 

Bref, les résultats du sondage Léger démontrent que la plupart des Canadiens tiennent toujours à leur portion de viandeMais pour combien de temps ? Car nous remarquons qu’une véritable tendance de fond vers un régime sans viande se trame juste au-delà de la statistique !   

 

Sources 

Le « végé » à la mode, La Presse+, Sylvain Charlebois

Retour aux publications