Les quatre P de l’acceptabilité sociale

La très longue expérience de Léger dans la recherche sur l’opinion publique et l’analyse de dossiers d’acceptabilité sociale a démontré que ce qui fait qu’un projet est jugé acceptable ou non dépasse sa valeur intrinsèque. En effet, il ne suffit pas qu’un projet soit valable en soi ou qu’il s’agisse d’un « bon projet ». Le contexte dans lequel un projet s’inscrit, ainsi que la réputation des protagonistes, ont un impact déterminant sur la réaction du public.
Au fil de notre observation de plusieurs projets soulevant des enjeux d’acceptabilité sociale au cours des dernières années, nous avons développé un modèle d’analyse, une « grille » qui permet à nos clients de planifier adéquatement les étapes d’implantation de leur projet afin que celui-ci puisse prendre place dans des conditions favorisant son acceptation par la population.

Ce modèle regroupe sous quatre niveaux les conditions qui doivent être atteintes pour qu’un projet soit considéré acceptable ; nous les appelons « les quatre P de l’acceptabilité ». Les deux premiers niveaux touchent aux conditions contextuelles, c’est-à-dire non directement reliées au projet en tant que tel. Les deux seconds niveaux touchent aux conditions intrinsèques du projet.

 • LE PRINCIPE : L’adhésion de la population se fait en deux temps. D’abord, il faut que la population adhère aux objectifs globaux du projet, sans égard aux détails de réalisation. Un accord de principe en quelque sorte. Il faut que le projet apporte une solution à un problème reconnu et que cette solution soit jugée utile, nécessaire et crédible.

 • LE PROMOTEUR : Le meilleur projet au monde pourra toujours être rejeté s’il est présenté par les mauvaises personnes. Tout relève de la perception qu’a le public des intentions finales du promoteur. La notoriété, l’image de marque et la réputation corporative du promoteur influencent les perceptions de l’intention.

 • LE PROJET : Dans la mesure où la population adhère aux objectifs globaux du projet et que l’intention du promoteur est jugée noble, elle pourra évaluer le projet au mérite, tel qu’il est présenté. À cette étape, une communication claire et transparente est impérative. Les citoyens doivent pouvoir comprendre les tenants et aboutissants afin de se forger une opinion éclairée. Les éléments-clés de l’évaluation des citoyens seront leur compréhension des gains apportés par le projet, ses retombées, les risques qu’il comporte et les moyens mis en place pour mitiger les risques.

 • LE PROCESSUS : Dernière condition, mais non la moindre, le processus d’implantation sur le plan local doit prévoir des moyens pour informer et consulter la population en amont du projet. Le sentiment d’avoir un réel pouvoir d’influence sur le processus facilite l’acceptation par la communauté d’accueil. Le promoteur du projet fait preuve d’ouverture et d’un minimum de flexibilité afin d’être en mesure de répondre favorablement aux demandes d’adaptation ou de modification provenant de la population locale.

 

Un plan d’action à quatre niveaux 

Une stratégie d’acceptabilité sociale efficace doit prévoir des actions et des messages suscitant l’adhésion de la population à chacun des quatre niveaux de conditions.
Les quatre niveaux sont interdépendants et certaines des actions qu’ils impliquent peuvent se dérouler en simultané. Cependant, la priorité accordée aux différents messages évolue au fur et à mesure que le projet progresse à travers les niveaux. Enfin, une analyse minutieuse de l’état de la situation, une bonne compréhension des forces en présence et, surtout, de l’opinion publique sur les enjeux soulevés par le projet, guideront la mise en place d’une stratégie éclairée à chaque étape.

 

Mathieu Gagné


Mathieu Gagné dirige la division de communications stratégiques de Léger et s’emploie à concrétiser les trois axes du nouveau positionnement de l’entreprise avec la clientèle : recherche, stratégie, conseil. Depuis les quinze (15) dernières années, M. Gagné a réalisé de nombreux mandats de service-conseil et de recherche pour une variété de clients, notamment en stratégies médias, en acceptabilité sociale et en positionnement stratégique. Sa formation en journalisme jumelé à son expérience professionnelle fait de M. Gagné un conseiller stratégique d’une redoutable efficacité.

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