Les relations commerciales du Canada entrent dans une période où des choix difficiles devront être faits.
L’examen en cours de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique, mieux connu sous le nom d’ACEUM, est loin d’être un simple exercice technique. Il survient alors que les entreprises canadiennes doivent composer avec l’incertitude géopolitique, la transformation des chaînes d’approvisionnement et une pression croissante pour se tourner vers de nouveaux marchés. En parallèle, la relation du Canada avec son principal partenaire commercial suscite de plus en plus de prudence au sein de la population.
Notre plus récent sondage montre que les Canadiens comprennent bien ce qui est en jeu. La plupart s’attendent à ce que la fin de l’ACEUM nuise à l’économie, mais cette inquiétude ne se traduit pas automatiquement par une volonté de faire des compromis. Plusieurs souhaitent plutôt que le gouvernement fédéral protège les intérêts du Canada, même si cette approche comporte certains risques.
Le message est clair : les Canadiens considèrent le commerce comme essentiel, mais ils souhaitent de plus en plus que le Canada l’aborde avec davantage d’autonomie.
Faits saillants
- Près des deux tiers des Canadiens (63 %) croient que l’économie canadienne subirait des répercussions négatives si l’ACEUM prenait fin sans être remplacé par un autre accord commercial.
- Lorsqu’on leur demande quelle devrait être la principale priorité du gouvernement fédéral dans les négociations, 36 % privilégient le rejet des demandes américaines qui pourraient nuire aux intérêts du Canada, même si cela risque de compromettre l’accord.
- Les États-Unis sont le seul partenaire évalué pour lequel plus de Canadiens souhaitent réduire les échanges commerciaux (43 %) que les augmenter (24 %).
- Les pays européens arrivent en tête des partenaires avec lesquels les Canadiens souhaitent accroître les échanges commerciaux (70 %), suivis du Japon (63 %) et du Mexique (62 %).
- Une pluralité de Canadiens semble prête à adopter une approche plus pragmatique en matière d’échanges commerciaux : 45 % estiment que le Canada devrait être plus ouvert à travailler avec des pays dont le bilan en matière de droits de la personne est discutable afin de permettre aux entreprises canadiennes d’accéder à de nouveaux marchés.
Les Canadiens suivent les négociations de près
L’examen de l’ACEUM est déjà bien connu de la population. Près des trois quarts des Canadiens disent en avoir entendu parler, dont 31 % qui affirment bien connaître la situation. La notoriété est particulièrement élevée chez les hommes et les personnes de 55 ans et plus, ce qui laisse croire que les négociations retiennent déjà fortement l’attention des groupes qui suivent généralement de plus près l’actualité économique et politique.
La population ne considère pas cet examen comme un simple processus de renouvellement. Les Canadiens sont beaucoup plus nombreux à se dire préoccupés par l’avenir de l’accord qu’indifférents, et très peu croient que sa disparition serait bénéfique pour l’économie. Cette inquiétude s’inscrit dans un contexte plus large de recul de la confiance à l’égard des relations commerciales entre le Canada et les États-Unis.
Cette anxiété économique n’amène toutefois pas les Canadiens à vouloir préserver l’accord à tout prix. Les personnes de 55 ans et plus sont particulièrement susceptibles de vouloir rejeter les demandes américaines qui pourraient nuire au Canada, tandis que les jeunes adultes sont davantage disposés à accepter des compromis afin de maintenir une entente. Le gouvernement fédéral doit donc répondre à deux attentes à la fois : assurer une certaine stabilité économique et démontrer que le Canada ne fera pas trop de concessions pour y parvenir.
Les Canadiens veulent ouvrir davantage le jeu commercial
L’un des constats les plus stratégiques de l’étude réside peut-être dans le contraste entre la perception des États-Unis et l’ouverture envers d’autres marchés. L’appui à une augmentation des échanges commerciaux est particulièrement élevé à l’égard de l’Europe et de grands partenaires asiatiques. Le Mexique ressort également comme un marché particulièrement attrayant. À l’inverse, l’intérêt pour une intensification du commerce avec les États-Unis demeure limité.
Cela ne signifie pas que les Canadiens croient que le marché américain peut être remplacé. Les conséquences économiques qu’ils associent à une éventuelle disparition de l’ACEUM indiquent plutôt le contraire. Les résultats témoignent davantage d’une volonté de réduire la dépendance du Canada envers une seule relation et d’offrir plus d’options aux entreprises canadiennes. Cette tendance rejoint la réflexion plus large entourant la diversification du commerce international du Canada.
Les marchés potentiels ne sont toutefois pas tous perçus de la même manière. La Chine suscite davantage d’appui à une augmentation des échanges que l’Inde ou l’Arabie saoudite, mais demeure loin derrière l’Europe, le Japon, le Mexique et la Corée du Sud. Les hommes sont par ailleurs systématiquement plus favorables que les femmes à une augmentation du commerce avec chacun des pays et groupes de pays évalués. Pour les organisations qui cherchent à croître à l’international, ces écarts sont importants : le soutien à la diversification est vaste, mais il ne s’étend pas automatiquement à tous les marchés ni à tous les publics.
Le pragmatisme économique transforme le débat sur les droits de la personne
Les Canadiens semblent également disposés à revoir certaines des conditions qu’ils associent au commerce international. La réponse la plus souvent choisie dans notre sondage est que le Canada devrait être plus ouvert à travailler avec des pays dont le bilan en matière de droits de la personne est discutable afin de permettre aux entreprises canadiennes d’accéder à de nouveaux marchés.
Cela ne signifie pas que les Canadiens rejettent l’importance des droits de la personne. Près d’une personne sur cinq préférerait que le Canada soit plus exigeant envers ses partenaires commerciaux, même si cela signifie se fermer à certains marchés. Une proportion semblable croit plutôt que le pays devrait maintenir son approche actuelle. Les résultats révèlent donc une population qui doit soupeser des priorités parfois difficiles à concilier : les valeurs, la résilience économique et l’accès à de nouveaux marchés.
Cet équilibre varie également selon les groupes. L’appui à une approche plus pragmatique est plus élevé chez les hommes, les Britanno-Colombiens et les personnes de moins de 55 ans. Les femmes sont davantage susceptibles d’être indécises ou de privilégier des exigences plus strictes.
Les Canadiens peuvent être ouverts à un éventail plus large de partenariats, mais ils s’attendront tout de même à ce que les organisations et les gouvernements expliquent comment ces relations sont gérées de manière responsable. Cette tension devient particulièrement pertinente alors que le Canada renforce ses liens à l’extérieur des États-Unis, notamment avec la Chine. Notre récente étude sur la perception des véhicules électriques chinois au Canada montre bien que l’ouverture économique peut coexister avec des préoccupations liées à la sécurité, à la qualité et aux risques géopolitiques.
La stratégie commerciale du Canada sera jugée sur sa résilience et sa fermeté
Les Canadiens reconnaissent que l’ACEUM demeure central pour l’économie, mais ils indiquent également que cette dépendance ne devrait pas empêcher le Canada de défendre ses intérêts.
Pour les décideurs publics et les dirigeants d’entreprise, l’occasion consiste à réunir ces priorités plutôt qu’à les présenter comme des choix opposés. Préserver l’accès au marché nord-américain, renforcer les relations avec d’autres partenaires et expliquer clairement les mesures de protection entourant les nouveaux partenariats peuvent tous contribuer à bâtir une stratégie commerciale plus résiliente.
Ces constats ajoutent également une nouvelle dimension à notre récente étude sur la manière dont les Canadiens et les Américains perçoivent leur relation. Les deux pays demeurent profondément liés, mais les Canadiens semblent de plus en plus remettre en question la forme que devrait prendre cette relation et le niveau de dépendance qu’elle devrait entraîner.
Consultez notre rapport complet pour découvrir les autres résultats ainsi que les différences selon les régions, le genre et l’âge.
Méthodologie
Cette étude repose sur un sondage en ligne réalisé auprès de 1 532 résidents canadiens âgés de 18 ans ou plus, du 18 au 20 juillet 2026, à partir du panel en ligne LEO de Léger. Les répondants pouvaient remplir le sondage en français ou en anglais.
Les résultats ont été pondérés selon l’âge, le genre, la langue maternelle, la région, la scolarité et la présence d’enfant dans le foyer afin de garantir un échantillon représentatif de la population canadienne.
Une marge d’erreur ne peut pas être associée à un échantillon non probabiliste. À des fins de comparaison, un échantillon probabiliste de cette taille aurait une marge d’erreur d’au plus ±2,50 %, 19 fois sur 20. Les nombres présentés ont été arrondis. Par conséquent, les sommes peuvent ne pas correspondre à l’addition manuelle des nombres présentés.
